Le secteur du tourisme en 2026 – quels retours après le livre blanc co-écrit en 2020 par les adhérents de Respire ?

2020‑2026 : ce que le Livre blanc avait vu juste… et ce que nous n’avons pas (encore) fait

En 2020, le Livre blanc de Respire posait un diagnostic lucide durant la pandémie du Covid-19 : surtourisme, tourismophobie, dégradation des sites, aviation carbonée, standardisation des produits, formation des pros en décalage avec les enjeux climatiques et sociaux. Six ans plus tard, l’essentiel de ce constat reste d’actualité, même si certains territoires ont pris des mesures courageuses (quotas, réservations obligatoires, fermetures temporaires, campagnes pour dé-surtouriser les hyper‑sites).

Le texte appelait déjà à réguler les flux (Venise, Dubrovnik, Machu Picchu, Barcelone…), à encourager le slow tourism, à développer des chartes éthiques, à mieux informer et former les professionnels sur l’empreinte carbone et les comportements respectueux. On voit aujourd’hui que ces idées ne sont plus marginales  ! Elles irriguent le discours des destinations, des tour‑opérateurs et des agences, mais restent souvent cantonnées à des “segments responsables” plutôt qu’au cœur du modèle.

Le Livre blanc insistait aussi sur la montée en puissance des nouvelles mobilités et de la nécessité de mesurer systématiquement l’empreinte carbone des voyages, de créer un “score” lisible type A–E pour guider le consommateur. En 2026, quelques acteurs pionniers affichent leurs émissions, proposent des alternatives train/avion, compensent une partie de leurs trajets, mais la démarche n’est ni harmonisée, ni généralisée à l’ensemble de la chaîne touristique.

Enfin, il posait clairement les enjeux d’accessibilité (tourisme “handi‑capable”), de formation des futurs professionnels (climat, numérique, handicap, tourisme vertueux) et de repositionnement de l’agence de voyage comme guichet unique de services et d’expertise. Sur ces sujets, les avancées existent – nouvelles formations, labels, offres accessibles, agences plus transparentes sur leurs honoraires – mais restent dispersées, dépendantes de quelques réseaux et territoires moteurs.

le Livre blanc avait tracé une feuille de route, mais le secteur n’a appliqué que des morceaux de la partition. Pour que le tourisme devienne réellement vertueux, il faudrait passer de la somme d’initiatives isolées à un changement de cadre commun, partagé par l’ensemble des acteurs.

https://respire.travel/wp-content/uploads/2020/11/LIVRE-BLANC-RESPIRE-2020.pdf

Alors pourquoi on n’y arrive toujours pas ?

Plusieurs freins existent encore à l’heure actuelle

Freins économiques et de modèle

  • Difficulté à financer la transition (outils carbone, formation, accessibilité, nouveaux services) alors que la pression sur les marges reste forte et que beaucoup d’acteurs sortent affaiblis des crises.
  • Résistance à facturer le conseil et la valeur immatérielle (honoraires, barème de services), alors que le livre blanc de Respire pousse à ce repositionnement.

Freins culturels et d’image

  • L’ habitude du “voyage pas cher, tout compris, tout de suite” et d’une logique de quantité (nombre de destinations, de jours, de photos), difficile à concilier avec slow tourism, la sobriété et le bas carbone, d’où un manque de respect des limites des territoires.
  • Une méfiance envers les agences et intermédiaires (perçus comme chers ou inutiles), alors même qu’on leur demande de devenir garants de la qualité, de l’éthique et de la sécurité.

Freins opérationnels et de compétences

  • Les formations existantes sont encore peu alignées avec les enjeux nouveaux : numérique avancé, climat, inclusion, gestion des flux, RSE, data.
  • Il y a un manque d’outils standardisés (calculateur carbone sectoriel, label lisible, notation des séjours) et de temps dans les structures pour les intégrer réellement dans le quotidien.

Freins politiques et de gouvernance

  • La fragmentation des acteurs : États, régions, offices, associations, TO, DMC, agences, plateformes… avec des chartes et labels multiples sont peu lisibles pour le voyageur.
  • Toujours une aussi grande difficulté à adopter des règles plus contraignantes (quotas, fin de vols intérieurs, restrictions publicitaires, normes d’accessibilité) sans opposition d’une partie de la filière et des destinations dépendantes du tourisme.

Freins spécifiques : climat, accessibilité, inclusion

  • Tension entre désir de découverte lointaine et contrainte carbone (ex. long-courriers, aviation sans alternative décarbonée crédible à court terme).
  • Sous‑investissement dans l’accessibilité (infrastructures, information fiable, assurances adaptées) alors que la demande potentielle est très forte et structurelle (vieillissement, handicaps, maladies chroniques).

6 ans après … Et si c’était le bon moment ?

Nous sommes nombreux à sentir que le modèle actuel n’est plus tenable, ni pour la planète, ni pour les habitants, ni pour les professionnels eux‑mêmes. Si vous avez envie de redonner du sens à votre métier, ne plus être seul à porter ces sujets dans votre structure, contribuer à écrire des solutions plutôt qu’à subir les crises, alors votre place est parmi nous.

Les Respirations Durables sont une invitation à transformer ce malaise en mouvement. Inscrivez‑vous aux Respirations durables, venez avec vos questions, vos colères, vos intuitions et vos idées. Ensemble, on peut faire du tourisme un secteur réellement vertueux – pas dans les slogans, mais dans les choix quotidiens que nous déciderons de prendre.

Les Respirations durables s’adressent à toutes celles et ceux qui ont envie de faire bouger la ligne, quel que soit leur point de départ :

  • professionnels du tourisme et du voyage (agences, TO, réceptifs, hébergeurs, guides, transporteurs),
  • collectivités, offices de tourisme, institutions, parcs, réseaux,
  • associations, habitants engagés, collectifs citoyens,
  • enseignants, formateurs et étudiants qui préparent le tourisme de demain.

Pas besoin d’être “parfaitement vertueux” pour venir. Au contraire : on vient avec ses contradictions, ses contraintes, ses doutes… et l’envie sincère de chercher mieux. Le Livre blanc de 2020 avait vu juste sur beaucoup de choses, mais il n’avait pas tout prévu. Il parlait déjà d’attentats, de crises sanitaires, de catastrophes naturelles, de tourismophobie et de rejet de l’Autre, mais il n’anticipait pas l’ampleur de la crise géopolitique que nous vivons aujourd’hui, ni la manière dont elle reconfigure les mobilités, les imaginaires du voyage et les rapports entre peuples.

En 2020, l’urgence mise en avant était surtout écologique et sociale : surtourisme, épuisement des ressources, montée des rejets locaux et transformation des métiers. La dimension géopolitique était présente, mais comme un facteur parmi d’autres – conflits localisés, instabilités politiques, zones “déconseillées” qui généraient de la tourismophobie. La crise actuelle change d’échelle : elle touche la sécurité perçue dans de nombreuses régions, polarise les opinions publiques, fragilise des corridors de mobilité, renforce les replis identitaires et les discours de méfiance. Dans ce contexte, le voyage est redevenu pour beaucoup un acte anxiogène, parfois soupçonné d’irresponsabilité ou de naïveté, et certaines destinations sont réduites à leurs conflits au lieu d’être regardées dans toute leur complexité humaine et culturelle.

Le Livre blanc appelait déjà à “rapprendre à voyager” et à sortir d’un tourisme purement consommateur, mais il n’allait pas jusqu’à poser explicitement le tourisme comme outil de diplomatie de paix, de dialogue interculturel structuré, ni comme levier pour apaiser les fractures géopolitiques. C’est un angle qu’il nous revient aujourd’hui de développer beaucoup plus fortement.

Les Respirations durables, c’est un temps pour reprendre souffle ensemble et passer du constat à l’action, dans un secteur touristique qui reste loin d’être vertueux aujourd’hui. Rejoignez-nous les 4 et 5 juin prochain à Toulouse.

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