e ne vous apprends rien, l’usage de l’Intelligence artificielle dans le tourisme se banalise de plus en plus et beaucoup de gens crient à la fin du tourisme car bientôt ce seront ChatGPT, Claude, Gemini ou autre Perplexity qui feront notre travail et prépareront des voyages “clé en main” pour nos clients qui se détourneront de plus en plus des agences.
Face à ce possible scénario catastrophe, j’ai voulu m’amuser à faire un exercice philosophique et j’ai demandé à l’IA de m’aider à repenser une éthique du tourisme en imaginant mélanger de manière savante la vision de trois personnages comme Charles Pépin, Rémy Knafou et Hugo Clément: un philosophe, un géographe et un militant.
Si l’on regarde le tourisme à travers ce prisme, l’Intelligence Artificielle n’est plus un outil technique, c’est un miroir grossissant de nos névroses de “consommateurs d’espace”.
Voici une analyse de ce qui déraille déjà et de ce qui nous attend si nous ne réinventons pas notre éthique.
1. L’Analyse des Débordements : La Machine à Standardiser
Le “Deepfake” de l’expérience (Le regard d’Hugo Clément) Nous voyons déjà l’IA générer des images de destinations tellement parfaites qu’elles n’existent pas. Le débordement avéré est l’arnaque visuelle. On vend un éden qui, une fois sur place, se révèle être un site pollué ou saturé. C’est une trahison de la confiance du voyageur et une agression contre la réalité du territoire. On crée un “désir de nulle part” qui finit par détruire le “quelque part” réel par la déception et la sur-fréquentation de points Instagrammables.
La dépossession du savoir local (Le regard de Rémy Knafou) L’IA se nourrit de données massives pour recréer des itinéraires. Le risque, déjà bien réel, est la mort du médiateur humain. En remplaçant le guide local ou l’artisan du voyage par un algorithme, on vide le tourisme de sa substance : la rencontre. On assiste à une “plateformisation” du monde où la donnée froide remplace la mémoire chaude des lieux. Le tourisme devient une industrie extractive de données plutôt qu’une économie du partage.
La perte de l’imprévu (Le regard de Charles Pépin) L’IA est, par définition, prédictive. Elle vous propose ce qu’elle sait que vous allez aimer. Or, philosopher, c’est s’ouvrir à l’inattendu. Le débordement éthique ici est l’enfermement dans une bulle de confort. Si le voyage ne nous bouscule plus, s’il n’y a plus de place pour l’échec ou la surprise, alors nous ne voyageons plus : nous ne faisons que valider nos propres préjugés à l’autre bout du monde.
2. Les Excès à Venir : Vers un “Tourisme de Simulation”
- La discrimination algorithmique : Demain, l’IA pourrait moduler les prix ou l’accès à certaines zones protégées en fonction de votre “score social” ou de votre profil de consommation, créant un apartheid touristique technologique.
- Le détournement écologique : L’usage massif des serveurs pour optimiser des flux touristiques mondiaux pourrait consommer plus d’énergie que le gain d’efficacité qu’il prétend apporter. Un “greenwashing” algorithmique où l’on optimise des trajets d’avions qui, philosophiquement, ne devraient peut-être pas avoir lieu.
3. Réécrire l’Éthique du Secteur : Le Manifeste du “Voyage Conscient”
Pour faire face à ces excès, l’éthique du tourisme ne doit plus seulement être “durable”, elle doit devenir “relationnelle”. Voici trois piliers pour une nouvelle charte :
I. Le Principe de Transparence Radicale Tout contenu (image, texte, itinéraire) généré ou assisté par l’IA doit être marqué. L’éthique doit imposer la distinction entre le réel géographique et la simulation marketing. Le voyageur a le droit à la vérité du paysage, même s’il est moins “vendeur”.
II. Le Droit à l’Altérité (L’anti-algorithme) Les opérateurs de demain devraient avoir l’obligation éthique d’intégrer une part de “hasard” ou de “non-recommandé” dans leurs systèmes. Il faut sanctuariser la souveraineté du territoire : l’IA ne doit pas décider de l’itinéraire, elle doit seulement suggérer des moyens. Le choix final doit rester un acte de liberté humaine, pas une réponse à une notification.
III. La Souveraineté de la Donnée Territoriale Les bénéfices générés par l’optimisation via l’IA doivent être reversés aux territoires qui fournissent la donnée. Si une IA optimise la visite de Florence, une partie de la valeur créée par cette technologie doit financer la restauration du patrimoine ou la vie des résidents locaux, et non finir uniquement dans les poches des géants de la tech.
L’IA nous pose donc la question fondamentale : pourquoi partons-nous ? Si c’est pour consommer de la perfection, la machine suffit. Si c’est pour rencontrer l’Autre et se rencontrer soi-même dans la difficulté ou l’étonnement, alors nous devons briser la cage de verre de l’algorithme. L’éthique du futur tourisme sera celle de la résistance de la réalité.
Cette conclusion nous place au cœur d’une tension existentielle : le conflit entre la recherche de la perfection (promesse de l’IA) et l’épreuve du réel (essence du voyage).
Voici donc le développement de cette pensée, en croisant la sagesse de Pépin, la géographie de Knafou et l’urgence de Clément :
1. La tentation de la “Perfection sans Frottement” L’IA tend à éliminer le négatif du voyage : les attentes, les erreurs d’aiguillage, les déceptions culinaires ou les barrières de la langue. Or, philosophiquement, c’est le frottement qui crée l’étincelle.
Si le voyage est parfaitement fluide, il devient une simple consommation de décors.
Comme le dirait Charles Pépin, c’est dans la “rencontre avec l’imprévu” que l’on se découvre soi-même. Si l’algorithme a déjà lissé chaque minute, vous n’êtes plus un voyageur, vous êtes le passager d’une simulation dont vous êtes le centre.
2. Le Voyage comme “Résistance de la Réalité” Rémy Knafou nous rappelle que le tourisme est une mise en relation avec un territoire “autre”. L’IA, en traitant les lieux comme des données interchangeables, risque de dissoudre cette altérité.
La résistance du réel, c’est le moment où le lieu ne se plie pas à vos désirs. C’est la pluie qui gâche la vue, le monument fermé, ou le chemin de traverse qui ne figure pas sur Google Maps.
L’éthique de demain doit donc sanctuariser ce droit à la non-conformité du monde. Si nous utilisons l’IA pour que le monde ressemble toujours à nos attentes, nous ne voyageons plus : nous tournons en rond dans notre propre chambre mentale.
3. Vers un “Humanisme Augmenté” (et non une IA de substitution) L’urgence d’Hugo Clément nous impose de repenser l’IA non pas comme un outil pour consommer mieux, mais pour comprendre mieux.
- L’IA de substitution (celle que nous devons combattre) décide pour nous, nous enferme dans nos goûts et uniformise les paysages par la pression des flux.
- L’IA de compréhension (celle que nous devons inventer) serait celle qui nous aide à décrypter la complexité d’un écosystème, à respecter les limites d’un territoire et à nous connecter à l’habitant réel plutôt qu’au figurant de carte postale.
Si on veut donc donner une conclusion philosophique à toutes ces élucubrations, cela se résume en une phrase : Le but du voyage n’est pas de trouver ce que l’on cherche, mais de trouver ce que l’on ne cherchait pas, d’être surpris, étonnés, fascinés.
L’IA est une machine à trouver ce que l’on cherche. Le voyage est une machine à trouver ce que l’on ignorait désirer. L’éthique du tourisme de demain sera de protéger cette capacité d’étonnement contre l’efficacité froide des algorithmes. Voyager, c’est accepter de perdre le contrôle pour regagner sa liberté.
Et vous, qu’en pensez-vous ? Est-ce que cette idée de “confort tue le voyage” résonne avec votre propre expérience d’expert du tourisme ?
